Véronique, comment vous est venue l’idée de créer votre entreprise ?
En fait, mon parcours professionnel me prédisposait à la création. Je travaille dans le commerce international depuis 1987 et j’ai occupé des postes à responsabilité, dans le cadre desquels j’ai beaucoup voyagé, en Europe de l’Est notamment pour monter des partenariats. J’avais déjà goûté à la création puisque j’ai implanté une entreprise en France pour le compte d’une firme américaine et je suis aussi partie 3 ans aux Etats-Unis créer une filiale pour le compte d’une société française. Des expériences très stimulantes auxquelles je consacrais beaucoup de temps. Jusqu’au moment où j’ai eu ma fille et donc d’autre priorités. Elle est née en 2001. Finies les semaines à l’autre bout du monde, terminées les réunions tardives. Il fallait que je fasse évoluer ma vie professionnelle vers une nouvelle organisation de travail. La création d’entreprise et le statut d’indépendant se sont imposés.
Et quelle est votre activité ?
J’accompagne des TPE et des start-up dans leur développement commercial en France et à l’international. Généralement, elles n’ont pas les ressources internes ou financières suffisantes pour l’assurer elles- mêmes. J’interviens sur des problématiques commerciales, de marketing, de communication écrite et orale, d’importation et d’exportation... Par exemple, j’ai récemment aidé un de mes clients à déterminer très précisément sa cible. Il disait n’avoir pas de concurrent. C’est faux ! Il y a toujours une concurrence directe ou indirecte. Nous avons défini ensemble la typologie des entreprises qui pourraient être réellement intéressées pas la valeur ajoutée de son offre. Autre exemple : en accompagnant un client en prospection, je me suis aperçue qu’il manquait d’une qualité essentielle dans cette situation : l’écoute. Je l’ai aidé à travailler ses présentations et interventions orales. Et puis, je mène des actions plus profondes, apparentées à du lobbying, comme essayer de trouver, au niveau national ou international, des instances pouvant accélérer la notoriété et donc les ventes de mes clients. Mon réseau m’est bien utile dans ces démarches.
Comment avez-vous constitué ce réseau ?
Avant de créer officiellement mon entreprise, en avril 2004, je devais vérifier que mon réseau me permettrait de poursuivre mon activité. Je l’ai donc réactivé en renouant avec mes anciens contacts. J’ai sondé leur motivation et j’ai commencé à l’animer d’abord par de la mise en relation. Un de mes interlocuteurs russes cherchait un partenaire aux Etats-Unis. Je l’ai mis en rapport avec un de mes contacts américains. J’ai réalisé quelques missions en faisant intervenir des contacts et au fil des affaires, j’en ai rencontrés de nouveaux. Une période de test au cours de laquelle un climat de confiance s’est instauré. En Pologne, par exemple, un de mes clients connaissait plusieurs entreprises locales qui souhaitaient s’implanter en France. J’ai mené pour elles des missions de conseil qui leur ont donné entière satisfaction. Je suis maintenant leur point d’entrée en France. Aujourd’hui mon réseau est international. Mes interlocuteurs sont basés aux Etats-Unis, en Chine, en Russie, en Europe et tout particulièrement dans les pays d’Europe de l’Est avec lesquels je travaille toujours beaucoup. Nous avons le même objectif : apporter à nos clients le meilleur service et la plus grande réactivité possible. C’est une véritable valeur ajoutée pour mon entreprise et mes clients car c’est essentiel de pouvoir s’appuyer sur des partenaires détenant l'expertise, la culture et surtout la présence locale pour véritablement réussir à l’international. Etre située en région parisienne et communiquer avec l’autre bout du monde n’est plus un problème aujourd’hui. Grâce aux technologies, les échanges sont facilités. Et s’il le faut, on peut toujours planifier une conférence téléphonique la nuit ou tôt le matin.
Cette création d’entreprise modifie votre temps professionnel. Comment faites-vous ?
D’abord je suis très organisée. Chaque début de mois, je planifie mes tâches, les plages horaires du mois et pour chaque client, les missions à réaliser. Ainsi, je respecte mes engagements et mes objectifs. Ensuite je partage mon temps professionnel entre mes clients et le développement de mon activité. On sait que le vendredi est le jour le plus difficile pour contacter les entreprises. Je consacre les autres jours de la semaine exclusivement à mes clients, une manière de leur assurer le meilleur service possible. Mais le vendredi est généralement dédié à ma propre prospection. C’est important d’anticiper la fin d’une mission. Enfin, j’organise mon temps en fonction de ma fille. Je ne fixe jamais de rendez-vous qui m’empêchent d’être à 18h30 à l’école. En revanche, je travaille à minuit ou à 3h du matin pour compenser et je ne prends que 10 minutes pour manger le midi. Les employeurs français ont du mal à intégrer le fait que quelqu’un n’a pas les mêmes horaires de travail que les autres salariés de l’entreprise. Mais j’explique en toute transparence mon parcours. Tous mes clients ont mon numéro de téléphone. Il n’est pas rare qu’ils m’appellent le soir à 20h alors que ma fille est à côté de moi. Ils connaissent la situation donc cela ne les choque pas. Je réponds dans l’urgence à leur problématique de l’instant et je les rappelle le lendemain si besoin est. Cela ne pose donc pas de difficultés particulières.
Entreprendre en solo, ce n’est pas trop dur après avoir connu le travail en équipe ?
Mis à part les problèmes informatiques, face auxquels je me sens vraiment isolée, je ne connais pas ce sentiment de solitude dont parlent certains créateurs. J’ai la chance d’avoir beaucoup de contacts extérieurs dans la journée et un entourage qui me soutient. J’ai un partenaire qui me propose de venir travailler dans ses locaux, mais je refuse parce que je n’en ressens pas le besoin, j’aime mon organisation et travailler chez moi. Ce cadre me va très bien si ce n’est le manque de place pour accueillir mes clients notamment. Mais c’est une étape que je prévois pour l’avenir.
A quelles difficultés est confronté un indépendant comme vous ?
J’ai connu un ralentissement d’activité fin 2004, malgré un très bon début d’année. Je me suis posée des questions. Qu’est-ce qui se passe ? Pourquoi ? D’autres dirigeants de mon secteur connaissaient une accélération après un début d’année difficile. Alors cette année, je me prépare car peut-être que la fin de l’année sera tout aussi délicate. Toutes ces expériences nous renforcent et nous obligent à nous remettre en question. Des difficultés, on en connaît tous. Le plus difficile quand on est indépendant est de cumuler les fonctions. On ne peut pas être bon en tout. Je gère la comptabilité, je réalise mon propre marketing et ma communication en plus de mon cœur de métier.
Où puisez-vous l’énergie nécessaire pour mener tout cela de front ?
Mon énergie, je la puise dans mon travail. Mon premier client, un consultant dans la communication, m’a proposé le slogan suivant : "Satisfaire mes clients au delà de leurs exigences". Cela me caractérise vraiment. Je veux toujours aller plus loin. C’est la satisfaction de mes clients qui alimente mon enthousiasme et renouvelle mon énergie. Et quand je me fixe des objectifs, je vais jusqu’au bout. Par exemple, j’ai un client basé dans l’est de la France et pour lequel je dois trouver des débouchés dans le secteur pharmaceutique. J’ai organisé un rendez-vous avec un très grand acteur du secteur pharmaceutique de la région parisienne. Quelques jours avant le rendez-vous, ce contact m’appelle pour l’annuler. Perdre un billet d’avion pour mon client, qui est une PME ? Hors de question ! J’ai passé une matinée à appeler tous mes contacts professionnels pour pouvoir organiser un rendez-vous utile en remplacement. A quelques jours de la date, difficile d’organiser une rencontre au pied levé. Pourtant j’y suis arrivée.
Comment envisagez-vous l’avenir pour votre entreprise ?
Aujourd’hui, mon activité est consacrée à 70 % à des problématiques franco-françaises. C’est le résultat des besoins exprimés par les entreprises françaises et du bouche-à-oreille dont j’ai bénéficié et notamment grâce à un réseau dont m’a fait profiter un client. Mais mon ambition est de développer de plus en plus mon activité sur des problématiques internationales. Et puis, je recruterai peut-être un ou deux salariés mais pas davantage. Je ne vois pas l’entreprise grandir. En ce moment, je travaille avec des freelances. Et cela me convient bien. Un salarié coûte très cher et je n’ai pas les moyens de prendre quelqu’un à temps complet et encore moins un collaborateur confirmé. Or avec les freelances, il est possible d’avoir des experts et donc d’assurer un travail de qualité.
|