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Aurélien Lugardon, comment vous est venue l’envie de créer une entreprise ?
D’abord, ce sont clairement nos convictions en matière d’environnement. Nous voulions travailler dans le domaine des énergies renouvelables, faire quelque chose d’utile qui fasse avancer la société. Et puis la deuxième raison, c’était de devenir notre propre patron, l’envie d’une certaine liberté, d’indépendance. Nous avons tous eu quelques expériences en entreprise avant d’en créer une, des stages ou des contrats de courte durée. Or en tant que salarié, nous n’avions pas la possibilité de faire avancer les projets à notre goût, ça n’allait pas assez vite !
Quelle idée novatrice est à l’origine du projet Naskeo ?
Au début de notre projet nous voulions produire de l’énergie à partir de bactéries. Puis nous avons creusé dans plusieurs directions pour arriver au concept actuel. Aujourd’hui notre approche consiste à dépolluer des eaux industrielles issues des entreprises agroalimentaires, pharmaceutiques et chimiques et de transformer les déchets industriels en gaz naturel renouvelable.
Concrètement, comment s’est déroulé sa création ?
Au tout début, il s’agissait d’un projet étudiant lancé par l’École Centrale pour étudier le marché de la production de bioénergies. Les résultats de cette première étude nous ont montré qu’il y avait réellement une opportunité de création d’entreprise : des besoins, un marché et des réponses technologiques à développer.
Une fois nos études terminées, nous ne pouvions plus laisser tomber ce projet. En un an, à temps plein, nous l’avons affiné, trouvé les financements et noué un partenariat technologique avec l’INRA. Nous avons bénéficié de deux structures d’incubation, notamment celle de l’École Centrale qui nous a hébergé et nous accompagne encore.
Créer une entreprise à 25 ans, c’est dur ? Comment faire pour être crédible ?
Cela dépend vraiment des interlocuteurs, mais nous avons eu de bonnes surprises auprès de partenaires, clients et même auprès de banquiers. Évidemment quand on est jeune, on est obligé de multiplier les preuves. Alors nous avons monté un argumentaire extrêmement solide en détaillant l’originalité de notre produit et les bénéfices pour les clients. Par ailleurs, nous ne manquons jamais de mentionner tous nos soutiens officiels : l’école Centrale, l’INRA et maintenant le Salon des micro-entreprises. Toutes ces cautions donnent immédiatement confiance et au fur et à mesure une reconnaissance en entraîne une autre.
Comment vous répartissez-vous les tâches ?
Nous avons incarné notre vision commune du travail dans une organisation tout à fait personnelle : l’organigramme en arc-en-ciel avec d’un côté le laboratoire et la Recherche et Développement, de l’autre le marché. Notre objectif est de faire remonter toutes les nouvelles informations provenant du labo au profit de notre activité commerciale et inversement, mettre à disposition de la recherche toutes les demandes du marché pour alimenter notre offre commerciale dans le futur.
En somme, vous êtes tous complémentaires ?
Oui à présent, mais au début du projet ce n’était pas si clair et d’ailleurs cela ne marchait pas. Lors d’une journée de conseil en stratégie avec Petit Poucet Innovation, un accompagnateur nous a tous pris un par un pour faire le bilan de compétences de chacun. Nous nous sommes rendu compte que nous n’étions pas répartis de manière optimale. Nous avons alors réagencé l’équipe en fonction des envies et des capacités de chacun en cherchant le maximum de complémentarité et le minimum de redondances dans notre organisation.
Quel développement commercial avez-vous adopté ?
Nous avons beaucoup misé sur la communication via notre site Internet, notre blog mais aussi en publiant des annonces dans des revues spécialisées. Nous avons également participé à des salons professionnels et aujourd’hui la moitié de nos prospections sont amenées par ces canaux. Dans un deuxième temps, nous prospectons systématiquement grâce à des fichiers d’entreprises qualifiés. Nous avons vraiment cherché à nous faire connaître, à creuser notre trou au sein d’un écosystème qui nous était étranger.
D’après vous à quoi devez-vous votre succès ?
Tout d’abord notre technologie est vraiment adaptée à son marché car nos réacteurs correspondent tout à fait aux besoins des PME. On peut produire du gaz naturel sans forcément fabriquer une usine à gaz !
Mais notre succès est dû en grande partie à notre équipe, nous avons rarement eu des moments difficiles entre nous car nous sommes unis et complémentaires. On ne se marche pas sur les pieds et les synergies fonctionnent à plein. La mésentente entre les associés est souvent l’une des causes de dissolution des entreprises dans les premières années de leur création et nous avons su franchir ce cap.
Vos prochaines ambitions ? qu’allez vous développer demain ?
D’ici 2007, nous comptons développer notre produit dans des pays frontaliers car avec l’harmonisation des normes européennes, ils connaissent les mêmes problématiques environnementales. Par ailleurs nous allons développer un partenariat avec un laboratoire en Inde, très performant dans la production d’énergie à partir de bio masses.
Enfin, en fonction du chiffre d’affaires, nous espérons recruter des technico-commerciaux, des ingénieurs et des techniciens pour disposer d’une équipe d’une vingtaine de personnes d’ici 3 ans.
En tant que lauréats du Prix Coup de cœur du salon, vous avez reçu 3000 €, qu’en avez-vous fait ?
Tout d’abord nous avons pu créer un prototype de micro réacteur d’énergie renouvelable qu’on a testé pour des industries cosmétiques. Cela nous a ouvert un nouveau marché que nous n’avions pas pu explorer jusqu’à présent. Dans un deuxième temps, nous comptons utiliser cet argent pour assister à des séminaires internationaux sur la recherche en matière d’énergie ou sur l’eau. Se tenir à la pointe de la technologie est indispensable pour notre développement. Prochainement l’un d’entre nous va se rendre en conférence au Danemark, grâce au Prix du salon.