Comment vous est venue l’idée de Carré d’artistes ?
J’ai toujours été passionnée par l’art. Très tôt, j’ai pris des cours à l’école des Beaux Arts. Mais ma famille m’a convaincue de m’orienter vers une formation en école de commerce. Ensuite, j’ai intégré le groupe Mars comme responsable de secteur puis chef des ventes. En parallèle, j’ai poursuivi ma formation à l’école des Beaux Arts en prenant des cours du soir. J’étais très bien chez Mars. Mais mon métier ne laissait pas assez de place à la créativité, à l'initiative et l'idée de monter une galerie d’art ne me quittait pas.
Concrètement, comment s’est déroulée la création ?
J’ai considéré le lancement de mon activité comme un projet extrêmement stratégique et je me suis accordé 1 an pour le préparer activement. J’ai défini un plan de bataille avec les actions à mener point par point pour ne rien laisser au hasard et je me suis fixé plusieurs échéances pour exploiter au mieux ce délai. J’ai d’abord cherché des appuis en interne et un investisseur.
J’ai ensuite informé mon employeur de mon futur départ. J’ai creusé mon concept. J’ai réactivé mon réseau d’artistes et j’ai organisé ma prospection pour l’étoffer. J’ai cherché un nom qui reflète au mieux l’activité. Et j’ai cherché le meilleur local possible pour une galerie. En septembre 2001, j’ouvrais la première à Aix-en-Provence.
Avez-vous rencontré des obstacles ?
Le plus dur c’est de se lancer, de se dire “voilà ! Je lâche tout, je démissionne, sans filet”. Je vivais dans le confort. Tout le monde me disait que j’étais folle, même mon mari. Une fois ma décision, j’étais si déterminée que je n’ai pas vraiment senti d’obstacle. Bien sûr, trouver un local ou des financements, c’est difficile. Mais on se met dans une situation telle qu’on ne peut qu’avancer. Pour les artistes, c’est pareil ! Je devais aller leur vendre le concept, leur expliquer que le local n’existait pas encore et qu’ils devaient envoyer leurs œuvres chez moi. C’est de la vente et mon parcours chez Mars m'a été utile. Les premiers doutes sont arrivés à l’ouverture de la première galerie : le 11 septembre 2001. J’avais une jolie galerie, agencée par un décorateur, des artistes et des œuvres de qualité, mais je ne voyais personne et je ne vendais rien. C'est le soir en rentrant chez moi que j'ai appris ce qui s'était passé, sans imaginer l'impact économique que les événements allaient avoir sur mon activité. Il fallait réagir vite, j’ai décidé très rapidement de mettre en place des animations commerciales et de faire parler de Carré d’artistes. Ce qui s’est, en fait, avéré très bénéfique.
Et quelles animations avez-vous mises en place ?
Oui, Beaucoup de gens pensaient que les œuvres exposées n'étaient que des reproductions. Nous avons adopté une démarche pédagogique pour expliquer qu’il s’agissait d’œuvres originales en installant des bandeaux sur la vitrine et des panneaux devant la galerie. Et puis, nous avons fait parler de nous dans les médias. J’ai envoyé aux journalistes des communiqués de presse, les ai relancés, leur ai à nouveau expliqué le concept, les ai suivis pour qu’ils communiquent. Je ne les connaissais pas, j’y suis allée franco et le concept a été très bien accueilli. Quand des supports comme Côté sud ou Maison et Décors parlent de Carré d’artistes, cela fait venir un monde fou. Nous avons également organisé des vernissages thématiques ; les particuliers sont très friands de ce genre d’événements.
Quels types de vernissage avez-vous déjà réalisés ?
J’ai organisé un vernissage sur le thème des contes merveilleux. Un décorateur a installé tout un espace avec pelouse à l’intérieur et à l’extérieur de la galerie, 1500 sucettes étaient plantées ici ou là. Et j’ai fait venir la presse. L’objectif est de faire des installations qui interpellent les gens pour leur donner envie de venir. C’était un franc succès : les gens ont trouvé ça magnifique. Une autre année, nous avons installé un jardin suspendu, avec 200 arums pendus par des câbles dans la rue. Quand on organise ce genre d’animations, les gens apprécient et comprennent vite que ce n’est pas une galerie comme les autres, qu’il se passe des choses un peu différentes et cela traduit l’état d’esprit de Carré d’artistes.
Ce genre d’événements, c’est la marque de fabrique de Carré d’artistes ?
Pas seulement. La marque de fabrique de Carré d’artistes, c’est d'abord la qualité des œuvres. Dans notre nouvelle galerie, rue Saint André des Arts à Paris, les collectionneurs les plus pointus entrent l’air dubitatif et sortent en nous félicitant. Aujourd’hui, des concepts émergent pour rendre l’art accessible, mais ce n’est pas à n’importe quel prix. La qualité doit être au rendez-vous.
Comment s’est construit votre succès ?
Les ventes ont pris de l’essor petit à petit. J’ai pu affiner le concept pour installer deux nouvelles galeries, une à Lyon et une à Paris. Il n’y a pas que le concept qui fait le succès. Il faut être aussi intransigeant sur son application. La preuve : d'autres ont voulu nous copier et n’y sont pas arrivés. Quand on crée une entreprise, il faut aller jusqu’au bout et régler tous les détails. C’est facile de faire 80 % du travail, mais si on ne fait pas les 20 % restants, ce n’est pas la peine. Et quand on a fini il faut encore analyser les résultats et se demander ce que l’on peut faire de mieux, de plus. C’est cette exigence qui fait que Carré d’artistes rencontre de plus en plus de succès.
De quoi se compose votre clientèle ?
Nous avons une clientèle composée de particuliers et d’entreprises.
Les particuliers, le plus souvent, ne visitent jamais les galeries traditionnelles. Chez Carré d'artistes, ils osent ! Ils trouvent le concept intéressant, les œuvres très belles et les prix abordables. C’est d’ailleurs avec des préoccupations analogues que les entreprises nous contactent. C’est ce qu’il s’est passé pour Ducros. L’idée d’offrir des œuvres d’art racontant une histoire autour de son métier, les épices, a séduit tous les dirigeants. Nous avons un client spécialiste dans les peintures d’isolation à Aubagne, qui participe, tous les deux ans, au salon Bâtimat à Paris. Lors de la dernière édition, il a présenté 40 tableaux réalisés par des artistes ayant utilisé ses peintures. Autre exemple, une entreprise qui fabrique des anti-oxydants nous a commandé des œuvres, pour Noël, pour ses clients répartis partout dans le monde. Nous les avons déclinées autour des concepts de beauté, qualité, nature, valeurs de cette entreprise. Cela plait énormément, l’œuvre est encadrée, présentée dans un coffret, c’est beau, c’est de l’art et ça fait rêver.
À tel point que le marché professionnel est devenu une voie de diversification. Pour le moment, les entreprises viennent à nous naturellement, mais nous réfléchissons au développement d’une structure BtoB. Il y a une réelle demande. Outre le fait de décorer les appartements des particuliers, l’art peut aussi être vecteur de communication, sur un salon ou être offert en cadeau, et ça c’est nouveau. Et les entreprises sont de plus en plus nombreuses à valoriser leur image à travers l’encouragement aux artistes. Mais ce qui nous intéresse véritablement dans cette démarche, c’est de toucher un public non-acheteur en temps normal à travers des secteurs habituellement peu ouverts à l’art.
Et comment les artistes réagissent-ils à ce type de contraintes ?
Généralement, ils sont enchantés. Nous avons travaillé pour Pepsi qui souhaitait envoyer des cadeaux à ses clients comme La Brioche Dorée. Et les contraintes étaient fortes puisque le logo de ses clients devait apparaître dans l’œuvre. L’artiste a joué le jeu ; cela l’amenait à explorer un univers différent de ce qu’il réalise habituellement. Il ne faut pas oublier que les artistes
travaillent souvent seuls dans leur atelier. Ils n’ont pas toujours d’inspiration alors les commandes les stimulent et ils apprécient les retours des clients sur leurs œuvres, les adhésions comme les rejets.
Qu’avez-vous fait de votre Grand Prix du Salon des micro-entreprises ?Comme je l’avais prévu, j’ai fait réaliser le site Internet de Carré d’artistes. Et même si j’ai complété le budget car je voulais un site avec une boutique en ligne, le prix m’a permis de déclencher cette dépense. Il est en ligne depuis le 15 mai 2005 ( http://www.carredartistes.com/) et propose, en nouveauté, des œuvres aux formats 50 x 50 cm et 1 x 1 m, qui n’existent pas en galerie.
|