On parle souvent de la reconversion difficile des sportifs… Est-ce que cela a été un problème pour vous ?
Personnellement je n’ai eu aucun mal à me reconvertir, et ce pour trois raisons. D’abord, parce qu’en parallèle de mon métier de sportif, j’ai poursuivi des études en accord avec ma passion. Celles-ci m’ont mené jusqu’au professorat de sport et m’ont permis de devenir entraîneur de l’Equipe de France de Judo. Ensuite, parce que ma carrière d’athlète m’a ouvert beaucoup de portes. À l’occasion d’événements organisés autour du judo, j’ai eu des opportunités pour nouer des contacts avec des maires, des présidents de département ou de régions et des chefs d’entreprise. Enfin, en tant que champion, j’ai souvent été sollicité pour faire des interventions orales devant différents publics (associations, écoles, entreprises,…) sur la manière d’aborder la compétition, la motivation et le stress. Ainsi, en fin de carrière, j’avais acquis suffisamment d’expérience, de recul et de maturité pour non seulement parler de mon expérience de sportif mais également la transformer en valeur ajoutée pour les entreprises. Lorsque j’ai créé mon entreprise, j’ai donc renoué les contacts initiés au cours de ma carrière sportive mais en structurant ma démarche. Mes interventions ont été repensées, retravaillées et enrichies, afin d’apporter aux clients une vraie valeur ajoutée. Nous avons aussi développé toute une gamme de prestations, notamment des formations, ciblée sur nos différents clients : collectivités locales, associations et entreprises.
Quelques mois après son revers à Athènes, l’équipe française a brillé aux championnats d’Europe. Quel est votre secret pour résister à de telles pressions et rebondir aussi vite ?
Il faut d’abord se replacer dans une dynamique positive, en n’ayant pas de regrets, seulement de nouveaux objectifs. Après l’échec aux J.O., notre nouvel objectif, c’était les championnats d’Europe ! Pour rebondir efficacement, il faut également savoir se remettre en question et reconnaître ses erreurs. Avec l’équipe, nous avons analysé les matchs en vidéo puis beaucoup discuté. L’équipe a reconnu qu’elle avait manqué de détermination, qu’il lui avait manqué au moment des matchs cette envie de gagner, cette petite flamme qui fait la différence. Enfin, il faut tirer les leçons de ses erreurs et rectifier le tir. Avant Athènes, j’ai trop encadré mes athlètes. Cela a contribué à les déresponsabiliser. Il faut toujours veiller à laisser une autonomie suffisante à l’équipe qu’on dirige. Chacun doit se sentir responsable de sa performance. Trop d’encadrement tue toute initiative individuelle et englue vos collaborateurs dans une routine les rendant incapables de s’adapter au changement et à l’imprévu.
Avez-vous eu besoin d’une formation particulière quand vous êtes passé du statut de sportif de haut niveau à celui de co-dirigeant d’une entreprise ?
Je n’ai pas suivi de formation spécifique de gestion d’entreprise, par contre je continue à apprendre à chaque rencontre, comme au judo ! Ainsi lorsque je suis intervenant, que cela soit dans des événements comme le Salon des micro-entreprises ou dans une entreprise cliente, j’apprécie le feedback de la salle et le jeu des questions-réponses. C’est comme sur le tatami : sans partenaires, on ne peut rien faire!
Quels sont les thèmes, puisés dans votre expérience sportive, que vous abordez avec les entreprises ?
Deux facettes de mon expérience sont susceptibles d’intéresser les entreprises. D’une part, le sport de haut niveau est une mine de conseils pratiques sur le management, l’approche de la compétition, la gestion du stress et la motivation… Des thèmes aujourd’hui stratégiques pour les entreprises ! Et d’autre part, le sport, et tout particulièrement le judo, véhicule des valeurs : l’honnêteté, la modestie, le respect, ... Là aussi, les entreprises se retrouvent dans ces valeurs. Elles les ont même souvent inscrites dans leur charte !
Quelle leçon tirée du judo vous paraît la plus profitable pour une petite entreprise ?
Ce que m’a enseigné le judo, c’est qu’il faut définir clairement ses objectifs et mettre en œuvre des moyens simples pour les atteindre. Au fond, pour gagner au judo, il suffit de saisir le kimono, de se déplacer et de faire tomber ! La simplicité est une des clefs de la réussite : elle nous galvanise en nous montrant qu’on peut tous y arriver, que tout le monde peut devenir un champion dans sa catégorie. Et c’est alors ce qui arrive ! À l’inverse, dès que les objectifs et les moyens mis en œuvre se sophistiquent trop, ils se délayent, et dès lors, la confusion s’installe. Au moment des J.O. d’Athènes, nous avions un peu perdu de vue ces basiques. De même, lorsque je rencontre des chefs d’entreprise, je suis parfois frappé de leur difficulté à formuler rapidement les objectifs qu’ils assignent à leurs collaborateurs ou partenaires. Un tel manque de clarté a forcément des incidences négatives sur les résultats de leur entreprise.
Comment envisagez-vous l’avenir de votre entreprise ?
Nous sommes une jeune société et nous souhaitons nous construire tranquillement, un petit peu à l’image d’un sportif de haut niveau. Un champion qui gagne trop vite risque d’être un peu éphémère… Il vaut mieux être sûr de ce que l’on a construit et gravir une à une les étapes !
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