9ème édition
9 - 10 - 11
OCTOBRE 2007

Interview

Catherine Troubat,
Gérante sarl Anis de l’Abbaye de Flavigny

Cette interview est extraite de l'édition d'octobre 2005 de Parcours,
la newsletter du Salon des micro-entreprises.

CARTE D'IDENTITÉ :
 
"Reprendre une entreprise, c’est la porter dans son cœur et pas uniquement sur ses épaules"
Activité : Production de bonbons anisés
Implantation : Flavigny-sur-Ozerain (21)
Date de création : 1591 pour les bonbons... 1993 pour la SARL
Effectif : 25
Contact :
anisflavigny@wanadoo.fr
Site Internet :
http://www.anisdeflavigny.com


La pérennisation d’une entreprise est un défi au quotidien. Mais comment s’y prendre ? Comment capitaliser le passé pour construire le futur ? Concilier tradition et innovation ? Catherine Troubat est bien placée pour y répondre ! Gérante d’une entreprise de plus de 500 ans, cette femme volontaire laisse chaque jour son empreinte dans l’entreprise familiale séculaire des Anis de Flavigny. Visite au pays de l’exemple...

 
 

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Quels avantages y a-t-il à reprendre une affaire familiale  ?
C’est très stimulant. C’est un peu comme une course de relais, tout le monde donne le meilleur de soi-même. Quant le bâton arrive dans votre main, vous avez une poussé d’adrénaline qui vous transmet une énergie terrible. Mais cet avantage a aussi son revers  : la barre est haute. La pression du devoir et la peur de décevoir, peuvent réfréner l’idée de changer les choses. Et cela serait là le plus grand risque. Car pour qu’une entreprise perdure, il lui faut s’adapter. Il faut donc apprendre à respecter le passé en sachant parfois mettre de côté certains points qui ne sont plus déterminants pour laisser sa propre trace. Reprendre une entreprise, c’est la porter dans son cœur et pas uniquement sur ses épaules...
Comment faire pour que ça se passe bien ?
Il est indispensable d’apprendre concrètement le fonctionnement de l’entreprise ainsi que tous ses métiers. Moi j’ai commencé par être apprentie patronne ! Certains salariés sont là depuis très longtemps, ce sont les gardiens du temple. Donc pourlégitimer votre présence, il faut gagner leur confiance en étant à leur écoute et en prenant en compte leurs remarques et en prouvant pas des résultats le bienfondé de vos actions. Ils sont des garde-fous qui vous mettent en garde quand vous allez trop loin ou trop vite. Mais cela ne veut pas dire pour autant que vous devez vous effacer. Au contraire : vous restez celui qui tranche et prend les décisions. Il est nécessaire d’adopter une démarche « évolutionnaire » et non révolutionnaire. Par exemple en se fixant un objectif précis en rapport avec les exigences du marché et de sa personnalité, mais qui ne remet pas tout en cause. Chez nous, mon grand-père a beaucoup joué sur la « réclame », tandis que mon père a surtout travaillé sur la productivité. Quant à moi j’ai cette double mission, ainsi que l’amélioration des conditions de travail (locaux, outils de travail).
Et comment arrivez-vous à trouver le juste équilibre entre tradition et développement ?
Déjà il ne faut pas confondre tradition et folklore.  La tradition c’est une force dans le sens où elle traduit un savoir-faire dont la pertinence est toujours d’actualité. Il ne s’agit pas de rester campé sur des positions anciennes sous prétexte qu’elles marchent ou ont marché. Cette attitude doit se retrouver tant dans l’organisation de l’entreprise que dans sa gamme de produits. Par exemple, chez nous, certains employés travaillent à l’Abbaye de père en fils. Ils portent en eux l’histoire de la fabrique, ce qui est très important pour sa pérennisation. Mais nous recrutons aussi des personnes complètement étrangères à l’entreprise. Elles apportent du sang neuf et de nouvelles visions des choses pour contrebalancer le tout.

De la même manière, nous nous attachons à développer de nouvelles gammes de bonbons, sans jamais dénaturer l’original. Dans ce domaine, c’est encore l’intuition le meilleur outil. Je regarde ce qui se fait, les nouvelles tendances et envies des consommateurs, et dans tous les domaines. Puis je réfléchis à la meilleure façon de proposer nos bonbons de manière à provoquer la curiosité, tout en jouant sur la reconnaissance de notre marque. Par exemple, nous avons créé une gamme « bio », certifiée Ecocert, au sucre de canne. Or nos bonbons étaient déjà 100 % naturels. Nous avons juste décidé, en plus, que la terre de culture des graines d’anis et du sucre de canne soient préservée (pas d’engrais chimique, pas de pesticides).
 
En France vous êtes distribués dans de plus en plus d’endroits, quelle est votre stratégie commerciale ?
Je n’ai pas les moyens de faire de grosses campagnes de pub...Même si 250 tonnes de nos bonbons font la joie de gourmands chaque année à travers le monde, nous restons une petite entreprise ! Donc nous avons choisi de soigner particulièrement notre stratégie de distribution. Moncommercial emploie pour cela des agents multicartes. Mais plutôt que de choisir uniquement des spécialistes des bonbons, nous les sélectionnons parce qu’ils sont habitués à vendre dans les endroits où nous voulons être implantés. En effet, notre principe est d’être présents dans des lieux où le consommateur est détendu et où il a le temps de « chiner le bonbon » : les duty free des aéroports, les stations d’autoroutes, les épiceries fines ou les jardineries... Et même les musées ! En Suède, par exemple nos boîtes sont vendues dans les boutiques de musées !
Justement, vous êtes aussi distribués dans de nombreux pays étrangers.
Comment votre produit, très encré culturellement, s’exporte-t-il aussi bien ?
La recette est presque la même partout ! Quel que soit l’endroit dans le monde, c’est l’authenticité qui se dégage de nos petites boîtes qui séduit les consommateurs. Nous tenons à garder la spécificité de notre packaging, il est perçu à l’étranger comme une carte postale gourmande de la France. En plus nous nous présentons comme un produit simple mais original et unique : nous sommes l’Opinel du bonbon ! Mais il est évident que le principal reste d’augmenter sa visibilité dans des endroits stratégiques et adaptés à la culture du pays. Concrètement, puisque nous n’avons pas de commerciaux dans le monde entier, nous misons beaucoup sur les salons internationaux, comme l’ISM de Cologne. Nous y rencontrons des distributeurs étrangers qui comprennent notre positionnement, et qui savent donc nous implanter efficacement.
Dans un secteur très concentré comme le vôtre, quels sont vos projets d’avenir ? Rachat, vente... ?
Certainement pas ! D’abord parce que l’une de mes motivations est de conserver mes emplois, ce qui n’est jamais garanti lors d’un rachat. Les bonbons à l’anis font partie intégrante du village de Flavigny. Ensuite parce que souvent quand il y concentration, il y a dénaturation. Or renoncer à notre identité, serait disparaître. En revanche, nous avons des projets de développement. Notre prochain défi étant d’être bientôt présent sur le marché chinois. Parce que la seule façon de poursuivre l’aventure séculaire des anis est de faire vivre la tradition avec son temps, et faire vivre notre bonbon avec son temps, c’est tout simplement être à l’écoute de nos clients et s’adapter .
Les conseils de Catherine Troubat :

 

  • Vos origines et votre histoire sont des atouts considérables. Mais pour que ça profite à votre entreprise, n’hésitez pas à laisser votre empreinte personnelle, ainsi faite vôtre vous la mènerez plus loin . Le tout est une question d’équilibre entre respect du passé et innovation.
  • Les hommes sont la mémoire vivante de votre entreprise, surtout quand ils s’y relaient de pères en fils. Néanmoins, pour dynamiser vos équipes, il est indispensable d’y injecter du sang neuf. C’est la meilleure façon de rester ouvert sur l’extérieur.
  • Même si vous produisez un produit typiquement français, offrez-vous le monde ! La french touch  est un véritable argument pour valoriser vos produits !