Du 30 sept. au 2 oct. 2014
9h-18h - Palais des Congrès - PARIS
Assemblée Nationale
En partenariat avec :         APCE Companeo Viadeo L'Entreprise.com Le Figaro Le Journal du Net.com NRJ Global
 
 

Interview

Franck Renaudin, Fondateur d'Entrepreneurs du Monde

Cette interview est extraite de l'édition juillet 2004 de Parcours, la newsletter du Salon des micro-entreprises.

  Carte d'identité


CitationVoyage aux pays où le développement de l'entreprise est une question de survie Citation fin
Franck Renaudin

Activité : ONG spécialisée dans les micro-financements

Implantation : Poitiers

Date de création : 1998

Effectif : 5 permanents

Forme juridique : Association Loi de 1901

Contact : Franck Renaudin

Site internet : www.entrepreneursdumonde.org

 

Avec Entrepreneurs du Monde, le mot développement prend tout son sens. Cette association française de solidarité internationale intervient dans les pays en voie de développement pour permettre aux familles les plus pauvres de développer une petite activité économique en leur ouvrant un accès au crédit, à l'épargne et aux formations. Après 5 ans d'existence, Entrepreneurs du Monde intervient dans 6 pays (Philippines, Inde, Madagascar, Bénin, Ghana, Haïti) et vient en appui à 8 partenaires qui totalisent plus d’une cinquantaine d’agences de prêts. 20 000 familles, soit environ 100 000 personnes ont pu ainsi accéder au prêt, à l'ouverture d'un compte d'épargne et à des formations.

 

Franck Renaudin, quelle a été la genèse de votre parcours dans l'humanitaire ?
La prise de conscience a été progressive. Après l'EDHEC, j'ai passé 4 ans en entreprise, successivement au Crédit Lyonnais et chez Pechiney. Pendant cette période, l'appel du large s'est fait de plus en plus pressant. Différents facteurs se sont conjugués pour me faire franchir le pas. Avant tout un souci de justice et d'équité, mais aussi une lassitude croissante face aux ambitions carriéristes de certains de mes collègues. Des milliers de cadres pouvaient faire ce que je faisais, tandis que je pouvais me rendre beaucoup plus utile ailleurs, auprès de gens livrés à eux-mêmes et sans ressources.

Comment s'est opérée votre reconversion dans le monde associatif ?
Par chance, j'ai rapidement intégré Inter Aide, une ONG dédiée au soutien des familles les plus démunies du tiers-monde. En 1991, je suis parti pour eux sur le terrain avec femme et enfants, destination Haïti puis les Philippines. C'est au sein de cette structure que j'ai pu expérimenter ce qu’était le micro-crédit : prêter des toutes petites sommes d’argent aux familles parmi les plus pauvres qui n’ont pas accès aux banques, afin de les aider à développer leurs activités économiques. Convaincu par cette approche, j’ai proposé à Inter Aide de créer une entité spécialisée dans ce domaine. L'essaimage faisant partie de la culture d'Inter Aide, j'ai pu, tout en restant salarié, lancer Entrepreneurs du Monde et développer des partenariats avec d'autres ONG et banques partenaires. Grâce à des subventions publiques puis aux développements de nos ressources, nous avons rapidement pu engager 2 puis 3 puis 4 salariés, avant que je ne rejoigne moi-même Entrepreneurs du Monde. Aujourd’hui, nous intervenons en appui opérationnel et technique à des partenaires existants ou comme opérateurs directs.

Quel regard portez-vous sur les entrepreneurs des pays pauvres ?
Un regard admiratif. Ils sont finalement beaucoup plus entrepreneurs que nous. Sans aucune sécurité ni recours, ils vont accepter d'investir régulièrement des sommes qui, à leur échelle, sont énormes. Dans les bidonvilles de Manille, un prêt de 50e correspond à un mois de revenu pour une famille pauvre. En cas d'échec de l'activité, les conséquences peuvent être énormes. Sans compter que parfois ce sont des faits extérieurs à l'entreprise qui menacent la pérennité de l'activité : frais médicaux ou hospitaliers, catastrophes climatiques... Malgré cela, ils se bousculent aux portes des usuriers qui pratiquent des taux prohibitifs de 20% et plus par mois ! C'est pour rendre hommage à leur ténacité et à leur courage que nous avons choisi de nous appeler Entrepreneurs du Monde.

Pourtant, en cas de faillites, les sommes empruntées ne doivent pas être restituées…
Détrompez-vous, 95% des contractants remboursent intégralement leurs prêts et mettent un point d'honneur à payer coûte que coûte. Ne pas se couper du crédit, garder la possibilité d'investir fait pour eux partie d'un instinct de survie.
Accordent-ils du temps ou un soin particulier à la préparation de leur projet ?
Pas au sens où nous l'entendons. Ils sont très intuitifs et mentalement mieux armés que nous pour entreprendre. Ils se réfèrent le plus souvent à des expériences passées de parents ou de proches. La marchande de peignes ne fait pas de business plan. Par contre, lorsqu'un petit commerce parvient à se développer, l'entrepreneur cherche spontanément à se former pour mieux structurer et diversifier son activité. Le marchand de légumes va nous solliciter pour son premier stock, puis pour l'achat d'un petit chariot qui lui permet de faire plusieurs marchés ou de la vente à domicile. Ensuite, ce sera le réfrigérateur pour conserver le poisson et créer un véritable point de vente qui génère sa propre clientèle. À chaque étape, la compétence de l'entrepreneur doit elle aussi se développer. C'est pourquoi la formation fait partie intégrante de notre dispositif et permet de pérenniser les affaires.

Comment parvenez-vous à lever des fonds pour financer votre activité ?
Nous faisons comme eux : nous investissons dans les actions qui nous paraissent les plus efficaces en privilégiant le contact direct et en gardant un certain pragmatisme. Les mailings d'appel à don sur des fichiers de particuliers ont des taux de retours inférieurs à 1% et restent par là même très coûteux. Nous obtenons proportionnellement de meilleurs résultats en activant des réseaux. Je me suis rapproché du bureau des anciens de mon école, mes collaborateurs ont fait de même. De fil en aiguille, nous organisons des assemblées de promotion du parrainage, principe selon lequel des individus en France s’engagent à verser 25e par mois au bénéfice d’une agence de prêts dans un bidonville spécifique. Les participants relaient notre action et deviennent des ambassadeurs de notre cause. Le bouche-à-oreille fait le reste...

Les conseils de Franck Renaudin :

Voici quelques principes que j'ai pu forger au contact des entrepreneurs que nous encourageons ou liés à la rigueur de gestion inhérente à toute association soucieuse de maximiser l'utilisation des fonds dont elle a la responsabilité.

N'intellectualisez pas trop la création d'une entreprise et gardez un esprit très pragmatique. Quand on réfléchit et rationalise  trop, on finit par ne plus entreprendre. Prendre des risques doit faire partie du projet.

Allez le plus loin possible dans la personnalisation du contact aussi bien avec les partenaires qu'avec les clients, c'est un facteur essentiel pour construire une confiance réciproque entre contractants.

Dans les moments de doute ou d'inquiétude, pensez que des millions de gens qui vivent en dessous de seuil de pauvreté, sans couverture sociale, sans aucun soutien acceptent de s'endetter pour créer une entreprise et qu'ils y parviennent !

Appuyez-vous sur vos réseaux pour communiquer ou trouver des ressources externes. Quelle que soit votre activité, cette démarche associative servira votre développement en limitant vos charges fixes.

Si vous avez fait le tour d'un parcours professionnel classique et que vous voulez vous rendre utile, renseignez-vous sur le monde associatif :  les débouchés sont nombreux et il y a encore beaucoup de travail !

 


badge
> Demandez votre badge d'accès gratuit
badge


 





  Demandez votre invitation gratuite          Envoyez une invitation au salon