Salon des micro-entreprises
 
TOUTES LES SOLUTIONS POUR CRÉER, GÉRER ET DÉVELOPPER VOTRE ENTREPRISE


Sous le haut patronage du Président de l'Assemblée nationale, M. Bernard Accoyer
En partenariat avec
M6 APCE Visa Business RTL  
 
 

Interview

Jean-Benoît Durand, Directeur de la publication
et Rédacteur en chef de Normandie Junior

Cette interview est extraite de l'édition de mai 2005 de Parcours, la newsletter du Salon des micro-entreprises.

  Carte d'identité


CitationPour réussir, il ne suffit pas d'avoir une bonne idée Citation fin
Jean-Benoit Durand

Activité : Magazine régionale pour enfants

Implantation : Rouen (Seine Maritime)

Date de création :2004

Effectif : 4

Contact : jean-benoit.durand@normandie-junior.com

Site internet : http://normandie-junior.com

 

Après 10 années d’expérience dans la presse pour enfant, Jean-Benoît Durand, lassé de défendre des projets dont il ne maîtrise pas l’issue, décide de créer son propre titre, un mensuel régional pour les enfants de 7 à 12 ans. L’idée ? Ce sont les enfants qui lui soufflent : ils aimeraient savoir ce qui se passe près de chez eux.  En juin 2004, il lance le premier numéro de Normandie Junior, avec une amie, journaliste du cru. Avec un concept tout à fait nouveau dans une région à l’identité forte, Jean-Benoît Durand croit énormément en son produit mais n’avait pas anticipé tous les obstacles qu’il allait devoir surmonter. Retour d’expérience sur un parcours semé d’embûches.

 

Comment s’est passée la création de Normandie Junior ?
En six mois, nous avons monté notre projet. Nous avons élaboré notre business plan en nous faisant aider par un cabinet d'experts comptables. Cette phase a conclu que nous pouvions démarrer sur nos fonds propres. Ensuite tout s'est accéléré : nous voulions faire coïncider le lancement du premier numéro avec les 60 ans du débarquement en Normandie. Nous avons investi beaucoup de temps et d'argent pour réussir le lancement. Nous avons pu recourir aux services d’un attaché de presse efficace, grâce aux chéquiers création financés pour moitié par la région. Des petits-déjeuners de presse étaient organisés pour expliquer le concept aux journalistes. Les retombées ont été nombreuses, ce qui a bien contribué aux ventes. Le premier numéro a atteint les objectifs que nous nous étions fixés. Jusque-là tout allait bien, c’est après que les difficultés sont arrivées.

Pourquoi ? Votre concept paraît excellent.
Un concept seul ne fait pas tout. Nous avons négligé le marketing et la commercialisation et nos conditions d'élaboration du journal ne nous laissaient pas le temps de rectifier le tir.

Et quelles difficultés avez-vous rencontrées ?
Comme le concept était totalement nouveau, nous ne pouvions nous fier qu'à nos intuitions et nous avons commis certaines erreurs. Avec le recul, le travail en amont autour du business plan n’était probablement pas assez approfondi. À l'époque, nous avons surtout vérifié que nous avions le capital nécessaire pour lancer le projet. Si nous avions levé des fonds, les choses auraient été plus simples ensuite. L’erreur principale est d’avoir sous-estimé l’investissement et le temps à consacrer au développement commercial.
Mon associée et moi-même n’avions pas de formation commerciale. On imagine que parce que l'on a un bon produit, il va marcher tout seul. Nous avons fait l’impasse sur une vraie politique commerciale. Je l’ai compris assez vite mais la périodicité du titre nous a posé des problèmes. En effet, nous avions choisi une formule mensuelle : dès qu’un numéro était en vente, il fallait travailler au suivant. Pas question de retarder les parutions ! La structure étant réduite, toute l’énergie de l’équipe était concentrée sur le numéro suivant. Résultat, peu de travail commercial pour vendre le journal a été fait. Nous n’avions pas assez le temps d’aller sur le terrain rencontrer les marchands de journaux, voir les diffuseurs et leur signaler les sous-estimations ou les ruptures de stocks dans certains points de vente. Nous n’en n’avions pas davantage pour réaliser les mailings de recrutement de nouveaux abonnés. Nous avons démarché les écoles dès la première rentrée scolaire, mais n’avions rien prévu au départ en direction des particuliers. Nous ne pouvions mobiliser les médias à chaque numéro, nous n’avions pas prévu assez de moyens pour poursuivre ces actions. Et toujours faute de moyens, nous ne pouvions pas faire suffisamment de publicité dans la presse locale, ni d’affichage payant dans les points de vente.
Quant aux annonceurs, à notre grande surprise, ils étaient plus que frileux ! Beaucoup attendaient de voir ce que le journal allait devenir, ce qu’on peut comprendre, mais nous ne l’avions pas prévu. J'avais envie de leur dire qu’à force d’attendre, il n’y aurait peut-être plus rien à voir, mais leurs plans média sont généralement bouclés à l’année. Cette source de revenu s’est avérée inférieure à nos prévisions. Or, le journal coûtait cher à produire car nous voulions un produit de très bonne qualité.
Résultat : le chiffre d’affaires était inférieur aux prévisions et les rentrées insuffisantes.

Comment avez-vous réagi pour enrayer cette baisse ?
Rapidement. J’ai commencé par repenser l’équipe et je me suis séparé de mon associée, en bons termes. Il faut être capable, en situation de crise, de se donner à fond, prendre son bâton de pèlerin et aller voir les marchands de journaux, faire tout ce travail de proximité que nous n’avions pas fait. En fin d’année, nous avons conduit une étude sur le lectorat de Normandie Junior. Certains parents abonnaient déjà leurs enfants à un titre de la presse nationale et ils percevaient parfois Normandie Junior comme un double abonnement, ce qui freinait le développement.

Vous avez donc repensé le produit ?
Oui, nous avons fait évoluer la formule et sommes passés d’un mensuel de 36 pages à un trimestriel de 72 pages. Nous avons également peaufiné le contenu et nous jouons désormais à fond la carte de la complémentarité avec la presse nationale pour enfants. Nous avons revu le prix de l’abonnement à la baisse : de 45 euros pour l’édition mensuelle, il est passé à 22, 50 euros pour l’édition trimestrielle.
Désormais, les enfants ont le temps de le lire et les parents acceptent de payer ce deuxième abonnement. Les annonceurs ont également suivi. À tarif égal, ils gagnent une visibilité de trois mois. Et puis cette périodicité nous a enfin permis de faire tout le travail de terrain : partenariats, salons, développement de la notoriété, suivi des ventes et de la diffusion, recrutement d’abonnés…

Concrètement, quelles actions avez-vous enfin pu développer ?
Nous visitons au moins une fois par numéro la plupart des mille points de vente de Normandie et mettons en place des relations privilégiées avec les meilleurs d’entre eux. Nous leur demandons de nous soutenir, de nous mettre en avant, de coller des affiches en vitrine et nous effectuons pour eux les réapprovisionnements en urgence quand il y a rupture… De la même manière, nous essayons d’être plus proches de nos diffuseurs. Nous avons suivi leurs conseils en encartant dans Normandie Junior un plus produit pour l’été : une maquette de voilier à construire. Et nous imprimons des couvertures spéciales suivant les sujets.
Nous avons également sollicité certaines librairies, en particulier des librairies jeunesse. Normandie Junior se démarque davantage en librairie que dans les kiosques où il est noyé dans la presse nationale. Et puis, j’essaie de faire évoluer la structure, j’ai recruté des stagiaires et des étudiants en alternance avec les IUT et BTS de la région, pour leur confier ces missions de suivi sur le terrain ainsi que la gestion de certains partenariats.

Quels types de partenariats réalisez-vous ?
Nous développons notre visibilité sur les salons et les événements régionaux, en étant exposant ou partenaire média, avec échange de logo sur les supports de communication du salon, par exemple. Nous participons au salon du livre de jeunesse à Caen, à Cherbourg, à Rouen, entre autres. Nous sommes présents sur place, nous vendons, nous organisons des concours, avec des livres ou des DVD à gagner. C’est un vrai vecteur de notoriété.

Et pour vos actions de recrutement d’abonnés ?
Nous avions réalisé un mailing vers les écoles quand la diffusion était mensuelle et avions eu un taux de retour de 20 % ce qui est énorme et qui prouve l’intérêt pour le concept. Nous referons un mailing à la rentrée vers les écoles. Nous mettons également en place un réseau de commerciaux chargés d’aller rencontrer les enseignants et présenter Normandie Junior aux élèves. Depuis janvier, nous faisons des tests auprès des particuliers, les parents. Nous avons fait un échange de fichiers, avec une base de loisirs et une association de défense de l’environnement. Ces fichiers ont bien fonctionné. Nous avons également adressé un mailing aux 2500 écoles de la région, proposant un concours du meilleur reportage scolaire et avons monté deux partenariats pour les dotations. Le premier avec la grande librairie jeunesse de Rouen, qui offrira des “bibliothèques idéales” aux écoles lauréates : une cinquantaine de livres, par tranche d’âge. Le second, une association qui promeut la Normandie, louera le Zénith de Rouen, où aura lieu la remise des prix. Cela a été possible grâce au Grand Prix du Salon des micro-entreprises.

Justement, comment avez-vous connu le Grand Prix du Salon des micro-entreprises ?
J’étais abonné à la newsletter suite à une visite au salon. J’ai trouvé l’idée intéressante, évidemment pour la dotation, qui permet de financer un projet important alors que nous n’en avions pas les moyens. J'avais en tête de faire cette action auprès des écoles. Et en plus, j’y voyais un double intérêt puisque l’idée était aussi de communiquer sur ce prix. Je pouvais à nouveau relancer les médias.

Qu’est-ce que ce prix a changé dans vos relations avec vos partenaires, fournisseurs et clients ?Nous avons beaucoup parlé de ce prix, à travers des communiqués envoyés à nos prospects et clients. La responsable commerciale en a beaucoup parlé lors de ses rendez-vous. Nous avons intégré le logo sur nos documents. Et puis vis-à-vis des annonceurs, fournisseurs, partenaires, cette reconnaissance a levé les doutes et consolidé notre image de sérieux et de pérennité.

Les conseils de Jean-Benoît Durand :


Prenez le temps de bâtir votre business plan et pensez bien au financement de votre entreprise. Avec un projet bien ficelé, on peut lever des fonds au démarrage. Une fois l’activité lancée, surtout si elle est en difficulté, cela devient bien plus difficile.

Votre associé doit porter le projet autant que vous. Eprouvez sa motivation. En cas de difficulté, sera-t-il prêt à se battre de la même façon que vous ?

Ne craignez pas la concurrence, ne restez pas confiné dans le secret, dans le souci de protéger votre idée. Le meilleur moyen de la défendre, c'est encore d'en parler. Passez du temps à la Chambre de Commerce de votre région, véritable accompagnateur dans votre création, devenez membre d’une association de créateurs d’entreprises, rencontrez des journalistes locaux, des associations ou des entreprises en lien direct ou indirect avec votre activité.

Poussez l'analyse jusqu’au bout et imaginez les possibilités de diversification de vos revenus. Avec une association de consultants, l'ECTI, rencontrée grâce à la Chambre de Commerce, nous avons par exemple dégagé deux axes stratégiques de diversification. La première : lancer une agence de communication spécialisée jeunesse, pédagogique et régionale. La seconde, développer des projets d’édition et de co-édition. Nous embauchons deux salariés pour développer ces nouvelles activités complémentaires.
 


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