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Interview

Jerôme Malavoy, Directeur Général de Trace One

Cette interview est extraite de l'édition septembre 2003 de Parcours, la newsletter du Salon des micro-entreprises.

  Carte d'identité


CitationPour innover heureux, innovons cachés Citation fin
Jérôme Malavoy

Activité : Opérateur de services pour la gestion de la qualité et de la traçabilité

Implantation : Paris

Date de création : 2000

Effectif : 35

Forme juridique : SA

Contact : contact@traceone.fr


 

C'est avec un mélange de discrétion et de convictions que Jérôme Malavoy commente pour Parcours l'itinéraire d'un entrepreneur doué. Après une carrière marketing dans des sociétés multinationales en France et aux États-Unis, il clôt en beauté son parcours de salarié en relançant les éditions Harlequin, puis en dirigeant un groupe de presse. Rien dans sa formation ne le prédisposait à entreprendre dans le domaine des nouvelles technologies. C'est pourtant le pari fou qu'il prend en créant une première société de services informatiques pour l'édition qu'il vendra comme un fond d'investissement. Il se consacre aujourd'hui à Trace One, dont les logiciels sont appelés à devenir des plateformes d'échanges entre les distributeurs et leurs partenaires industriels. Quand une innovation technologique s'impose, le flair marketing n'est jamais bien loin…

 

Pouvez-vous nous décrire l'activité de Trace One ?
Notre métier consiste à construire des solutions informatiques pour sécuriser les personnes physiques. Nous organisons et gérons les informations pour les rendre exploitables et efficaces. Les premiers domaines d'application sont l'hygiène alimentaire, les bâtiments et sites dangereux. Nous avons créé par exemple un système d'informations pour suivre la qualité et la traçabilité des produits de marque distributeur, dans les secteurs concernés : alimentaire, entretien, cosmétique, droguerie, hygiène, parfumerie, en France et en Europe.
Il a fallu environ 45 ingénieurs pendant deux ans pour développer nos produits.

Qui sont vos clients ?
Nous sommes par exemple en contrat avec Carrefour, Auchan et Casino pour équiper de notre système d'informations l'ensemble des industriels fournisseurs de ces centrales d'achat.

Comment fonctionnez-vous avec eux?
Trace One héberge sa solution et la distribue en mode ASP. Les industriels s'abonnent en ouvrant un compte sécurisé pour exploiter le logiciel à distance. La mise en œuvre est donc extrêmement simple. Imaginez une énorme base de données dans laquelle nous entrons d'abord les contrats. Trace One a conçu à cet effet une application spécifique de rédaction électronique des cahiers des charges. Les industriels et leur distributeur peuvent ainsi contracter ensemble dans un espace virtuel que nous aménageons pour eux et le signent électroniquement. À chaque lot fabriqué, l'industriel entre les critères du lot dans  la base de données. Celle-ci compare ces informations avec celles du cahier des charges initial et déclenche aussitôt les validations, les dérogations ou les alertes. S'il y a un problème, il est immédiatement identifié, de même les produits sont toujours parfaitement localisés. L'ensemble de ces enseignes peuvent ainsi gérer des retraits éventuels en évitant tout risque sanitaire. D'ici à la fin de l'année, trois nouvelles centrales devraient s'équiper de ce système.

En préparant notre interview, je n'ai pas trouvé votre site Internet. Étonnant pour une société high-tech comme la vôtre…
Rien d'étonnant : nous n'en avons pas ! Notre société est récente et son lancement s'est effectué selon une stratégie du secret. Nous avons même changé plusieurs fois de nom pour ne pas être détectés. Nous voulions construire notre projet dans la sérénité.

En quoi la notoriété pourrait-elle vous nuire ?
Dans notre industrie, les effets d'annonce sont trop nombreux et finissent par ne plus être crédibles. En communiquant trop tôt, nous n'aurions pas été pris au sérieux et les entreprises concernées n'auraient pas bien compris le périmètre de notre projet. Alors que vous n'êtes pas encore opérationnel, vous créez une curiosité à laquelle il faut répondre et qui vous détourne de votre objectif. Plus votre projet est ambitieux, plus vous générez du scepticisme et des rumeurs négatives, au moment même où vous n'en avez pas besoin. Lorsque votre produit a vocation à être mutualisé sur un marché, vous êtes naturellement perçu comme arrogant et vous fabriquez vos ennemis avant même d'exister. Les collaborateurs de haut niveau que vous avez recrutés sont sollicités par d'autres entreprises, etc. Tout concourt au fait que parler trop tôt est la plupart du temps une très mauvaise affaire. Seuls nos clients savent ce que nous faisons. Avec eux, nous savons voir grand. Pour initier notre relation avec eux, nous avons organisé le 1er avril dernier une grande manifestation qui a réuni 2500 personnes au Palais des Sports de Paris.

Comment faites-vous pour garder vos informaticiens ?
Le marché des informaticiens a beaucoup évolué ces derniers mois et aujourd'hui la demande est plus forte que l'offre. Nous gardons une partie des ressources en régie extérieure afin de pouvoir manœuvrer.

Vos clients ont des problématiques européennes. Pour les accompagner, vous vous exposez à une croissance très forte, comment comptez-vous gérer cette évolution ?
Effectivement. Nous démarrons l'année prochaine avec un grand groupe de restauration collective une opération en Belgique.
Il ne faut surtout pas vouloir tout faire soi-même. Pour le marché belge, nous aurons une politique de déploiement qui s'appuiera sur des partenaires locaux avec lesquelles Trace One créera une filiale dont elle détiendra la majorité. Nous commençons déjà à nous structurer en interne autour d'une équipe de management capable de piloter les différentes zones d'implantation prévues.

Votre parcours professionnel est très brillant, comment avez-vous passé le cap de la création d'une petite entreprise ?
L'adaptation a été très difficile. Après avoir dirigé jusqu'à 1000 personnes, on prend l'habitude des grands appareils et de leurs différents modes de délégations. Quand on part de rien, il faut se réadapter à toute vitesse. C'est surtout avec les milieux financiers que le changement est considérable. Les relations entre petites agences bancaires et petites entreprises sont sensibles. Quel que soit votre parcours ou la qualité de votre projet, vous devez par exemple vous porter caution personnelle, ce que je me suis toujours refusé à faire. Si c'était à refaire, je ferai plus gros tout de suite.

Avec le recul, que pensez-vous de la situation des petits patrons en France ?
L'entrepreneur n'est pas assez considéré en France. Aux US, quand vous êtes patron vous êtes un héros, en France vous êtes suspect. Au dernier concert de Johnny, quand le speaker citait des noms d'entreprises la foule huait, quand c'était des noms d'artistes, c'était le délire.



Les conseils de Jérôme Malavoy :


D'abord anticiper. Un patron doit être paranoïaque et anticiper sans cesse sur les risques, imaginer ce qui peut être bon ou mauvais, et savoir investir sur les facteurs de succès.

Ensuite contrôler et dans ce domaine, 90 % des entrepreneurs sont démunis. Je suis actionnaire de Léonardo Finance qui examine 2000 projets d'entreprise par an et je suis étonné du manque de pratique des créateurs. Vous devez savoir tous les mois exactement comment fonctionne chacun des services par rapport aux prévisions.  Savoir comment l'entreprise vit et surtout comment elle dépense. Dotez-vous de bons outils de gestion et n'épargnez pas le temps passé avec votre expert-comptable.

 


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