Marie-Pierre, comment vous est venue l’idée de la Coccinelle ? |
Après 15 ans passés dans la communication pour un groupe international, j’avais envie d’autre chose. Me sentir plus proche des gens, plus utile aussi. Lorsque nous nous sommes installés à Carrières, j’ai tout de suite aimé cette ville et souhaité m’y impliquer. De par mes responsabilités de présidente des parents d’élèves, je me suis retrouvée à un poste d’observation privilégié et en contact avec les instances municipales pour prendre la mesure des besoins importants en termes d’animations et d’éducation. En 2 ans, la population de Carrières a grossi de presque un tiers et les infrastructures ne suivaient pas. Il y avait manifestement quelque chose à faire. L’étude de marché que j’ai effectuée a confirmé cette intuition en l’amplifiant : le besoin concerne également plusieurs communes voisines.
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Quel a été votre parcours de créatrice ? |
La Coccinelle fait partie de la dernière génération des entreprises qui ont profité des orientations politiques récentes en faveur de la création. En temps que demandeuse d’emploi, lorsque j’ai manifesté mon ambition de créer ma propre activité, j’ai été aussitôt guidée dans mon cursus. L’Assedic vous propose des parcours individualisés et un accompagnement pour l’élaboration de votre business plan. En parallèle, je me suis appuyée sur les ressources de la Chambre de Commerce, notamment pour suivre le stage du créateur d’entreprise. J’ai pu également obtenir un prêt bancaire à la création d’entreprise, complété par un financement de la BDPME pour un montant total de 32 000 €. En cinq mois avant la création, tout s’est enchaîné de façon très favorable, ce qui m’a permis de faire face aux premiers investissements pour la réhabilitation des 150 m2 de locaux.
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Vous avez également décroché le Grand prix des micro-entreprises au moment de votre création : les fées se sont penchées sur le berceau de la Coccinelle ?
Pas que les fées, malheureusement, j’y reviendrai. Le Salon des micro-entreprises a effectivement été un moteur inespéré. J’y ai participé en me disant que ce serait une initiative très profitable pour renforcer mon pouvoir de persuasion et préparer mes entretiens avec les banquiers. Mais de là à imaginer devenir lauréate! Me retrouver entre Renaud Dutreil et Nicole Ameline, c’était très impressionnant pour moi, mais aussi pour les banquiers. Même le préfet a souhaité intervenir à l’inauguration de La Coccinelle.
À quoi attribuez-vous votre succès ?
Le Grand Prix des micro-entreprises a la particularité d’être très focalisé sur le développement commercial et très orienté sur la motivation des créateurs. Cela me ressemblait et j’ai été jusqu’au bout de la démarche que cela m’inspirait. Lorsque j’ai soutenu mon projet devant le jury, j’ai conçu ma présentation comme un puzzle où chaque pièce représentait un aspect de mon parcours ou de mes ambitions et petit à petit tout s’emboîtait pour former une grosse coccinelle qui illustrait parfaitement ma situation de vie et montrait à quel point mon projet était le fruit d’une maturation et d’une détermination importantes.
Vous avez lancé votre activité en 2003, où en êtes-vous aujourd’hui après un semestre d’activité ?
Le bilan commercial est très positif : le développement de La Coccinelle m’a permis de facturer 350 clients en 5 mois. En plus des cours, j’ai créé des animations, comme les anniversaires créatifs pour lesquels tous les mercredis et samedis sont réservés jusqu’à fin juin. J’ai également créé pour les moins de 6 ans, les ateliers Bambins et Compagnie, ainsi que des stages durant les vacances scolaires. J’ai recruté 2 professeurs d’arts plastiques et 2 professeurs d’anglais. J’ai des contacts très avancés avec des associations pour accueillir des personnes handicapées, ainsi que des enfants précoces. Je vais aussi doubler mes animations auprès de maisons de retraites pour répondre à leur demande. Malgré tout, La Coccinelle reste très fragile et doit faire face à des problèmes de trésorerie.
À quoi tiennent ces difficultés ?
J’ai dû affronter de nombreux aléas auxquels je n’étais pas préparée. Pour commencer, j’ai été victime de l’entreprise de bâtiment qui s’est occupée de l’Atelier. Au fur et à mesure des travaux, ils ont accumulé les retards et se sont permis d’augmenter de 60% le premier devis. Pour qu’ils finissent, je n’ai pas eu d’autre recours que de payer. Résultat : à cause d’eux, La Coccinelle a eu un retard à l’allumage et je n’ai pas pu enregistrer les inscriptions du mois de septembre, lesquelles ne sont pas rattrapables. Cela pénalise mon exploitation et je traîne depuis un déficit que je n’ai pas encore comblé. Sans parler des 3 jours et 2 nuits qu’il m’a fallu pour nettoyer les lieux après leur départ, à la veille de l’inauguration officielle. Dans la phase de préparation du projet, on ne vous alerte pas du tout sur les risques, si bien que je n’avais rien anticipé. De même, les professionnels qui ont audité mon business plan n’ont pas porté d’avis sur mon taux de marges. Aujourd’hui celles-ci s’avèrent trop courtes et j’ai dû pallier cette difficulté par un effet volume en multipliant les heures et en diversifiant mes activités. C’est une bonne chose en soi, mais je ne pourrai pas tenir ce rythme durablement et un réajustement tarifaire est à envisager, avec l’impact sensible que cela peut avoir sur la clientèle actuelle. Aujourd’hui, des moyens exceptionnels sont mis en œuvre pour nous sortir des statistiques du chômage et nous classer dans la rubrique flatteuse des créateurs d’entreprise, mais c’est différer le problème car on sait bien que plus de la moitié des entreprises ne passent pas le cap de la première année. C’est maintenant, plus que jamais, que j’aurais besoin de conseils personnalisés et d’accompagnements professionnels, pour effectuer ce qui n’a jamais été fait jusqu’à présent : une évaluation de mes compétences, de mes points forts et faibles en tant que dirigeant de petite entreprise avec des actions correctives à la clé. Mais là, plus rien! À croire qu’une entreprise qui crée de la richesse, des emplois et répond à des attentes fortes de la collectivité, ça n’intéresse plus personne.
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