Qu'est-ce qui pousse deux cadres supérieurs à quitter leurs situations confortables pour se retrousser les manches et mettre les mains à la pâte à crêpes ? Un gros appétit d'indépendance et passée la quarantaine, ce sentiment que tout a une fin, en particulier le fait de travailler pour les autres. En 1995, Pascale et Jean Philippe se lancent dans la restauration sans la moindre expérience dans ce domaine. Aujourd'hui, ils ont modélisé leur succès et conseillent les entrepreneurs qui souhaitent marcher sur leurs traces. Leur recette ? Savoir faire des crêperies aussi bonnes que leurs crêpes.
Que faisiez-vous avant de créer Pancake Square ?
Jean-Philippe était Directeur Général de Kelly, la société de travail temporaire. Quant à moi, j'étais directrice de la publicité de la Tribune de l'Expansion. Rien à voir avec la restauration.
Comment en êtes-vous venus à vous lancer dans cette activité ?
Les parents de Jean-Philippe géraient déjà une crêperie qui marchait très bien dans le 6ème arrondissement de Paris. Ils nous ont donné nos premiers repères. En 1995, le climat de crise n'était pas favorable mais on s'est dit " la petite bouffe pas cher avec ne super qualité de produit et de service, ça marchera toujours quelle que soit la conjoncture économique. Autour de nous on nous prenait pour des fous. Nous avons installé notre première affaire à Bois-Colombe à deux pas de chez nous, dans un quartier en chantier permanent pour plus d'un an. " je ne vous donne pas 6 mois " nous prédisait le cabaretier d'en face. Résultats : 3 ans plus tard, Pancake Square réalisait 3 millions de francs de Chiffre d'Affaires (457 000 euros). En 2000, nous avons racheté l'affaire de mes beaux-parents que nous avons fait progresser de 30 % en employant moins de personnel.
Pourquoi Pancake Square marche-t-il si bien ?
C'est la force du concept. Nous avons su moderniser l'image de la crêperie tout en préservant son authenticité. Le style international axé sur la voile et l'ambiance de vacances séduisent aussi bien les employés à l'heure du déjeuner que les familles ou les grandes tablées d'amis pour le dîner. Sans vous dévoiler toutes les recettes de fabrique, nous avons mis en place un process qui nous permet de servir très vite jusqu'à 100 clients avec des produits de qualité, exclusivement faits à la commande. Quant à la qualité de service, nous avons institué une charte en 15 points que nos salariés respectent d'autant plus qu'ils sont intéressés à l'affaire.
Cette recette du succès, avez-vous aujourd'hui l'intention de la franchiser ?
C'est envisageable car nous avons modélisé notre business, mais nous ne sommes pas sûrs que cela soit souhaitable. Pour Kelly, Jean Philippe dirigeait 30 agences en France et à l'étranger : il n'est pas très chaud pour replonger dans un modèle où l'on passe les 3/4 de son temps à faire rentrer les gens dans le moule. En revanche, nous pratiquons une activité qui marche très bien : le conseil en transfert de compétences pour tous ceux qui souhaitent s'orienter dans ce type d'activité. Nous vendons nos techniques et notre savoir-faire, mais sans licence sur notre marque.
Nous avons initié de nombreux contacts par le biais de notre site web et concrétisé plusieurs affaires dans le sud de la France et au Maroc.
Les conseils de Pascale et Jean-Philippe Touchet :
Lancer un commerce ne s'improvise pas : comptez au moins 120 000 euros d'apport et un amortissement sur 4 ans.
L'emplacement est une clé de la réussite. Nous avons visité 70 établissements avant de trouver celui qui offrait un vrai potentiel de business.
Trouver des financements est toujours un parcours du combattant. Mais en professionnalisant votre démarche, avec un compte d'exploitation sur 3 ans, détaillé au mois le mois pour la première année, plus une étude marketing crédible, vous arriverez forcément à vos fins.
Travailler en couple, cela peut-être formidable ou difficile. Analysez bien vos compétences respectives et délimitez des champs d'action complémentaires et exclusifs.
Préparez-vous psychologiquement à tous les changements de votre vie : les horaires, l'organisation, la famille. Attendez-vous vous à voir diminuer le nombre de vos vrais amis et en découvrir de nouveaux venant de tous les horizons.