Yseulys Costes, comment passe-t-on de la recherche à l’entrepreuneuriat ? |
L’idée était totalement nouvelle et passionnante au niveau marketing. L’objectif de millemercis est de collecter des informations pour faire une base de données comportementale qui s’appuie sur du déclaratif et du comportemental. Sauf qu’il ne s’agit pas de déclarations sur des comportements d’achats passés mais sur des projets d’achats. Ce type de bases n’existait pas à ce moment-là. On répondait au rêve de tout marketeur… connaître ce dont les gens ont envie.
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Et comment s’est passée la création de millemercis ? |
J’ai rapidement expliqué mon projet à un ami, Thibaut Munier ; nous avions fait une partie de nos études ensemble. Il a vite été séduit par l’idée, est devenu mon associé et nous avons démarré notre activité. Cela s’est fait très rapidement. Nous avons monté une SA et avons été rejoints par des actionnaires, rencontrés à l’IAB, pour consolider le capital. Le 15 mai 2000, nous lancions une première version du site millemercis.com. Et en novembre 2000, Marc Simoncini, un de nos actionnaires, a versé un apport de 5 millions de francs, capital dont nous avions besoin pour pérenniser l’entreprise. Depuis, nous n’avons pas fait d’autres tours de table. Nous sommes rentables.
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A quoi devez-vous votre succès ?
Le risque pour une jeune entreprise c’est de devoir changer de cap en cours de route, de devoir redéfinir une stratégie. Un revirement total génère certainement beaucoup de stress et d’inquiétudes. Dès le départ, notre stratégie était très claire. A force d’implication, de travail, de temps et d’énergie, nous avons tenus le cap. La ténacité a payé, nous sommes très fiers d’être désormais rentables.
La recherche a-t-elle encore une place dans votre entreprise ?
Oui, l’innovation est au cœur de notre développement et de notre activité. Nous travaillons en permanence avec des laboratoires de recherches pour rester à la pointe. Nous en faisons profiter nos clients à travers nos conseils et la présentation de nos résultats.Par exemple, il y a trois semaines nous avons organisé un petit déjeuner avec la fondation HEC au cours duquel nous avons exposé les conclusions de deux programmes de recherche : l’un portait sur l’efficacité de l’e-mailing sur l’achat, l’autre sur la modélisation du marketing viral. Cette manière de travailler est peu classique en France, mais courante aux Etats-Unis. Pour nous, ce lien entre la recherche et le business est primordial et il y a beaucoup de choses à faire. Innover est impératif. Les marchés ne sont pas figés et il faut investir pour être toujours en avance. Il n’y a pas de recette ou alors pas pour longtemps. Internet est un média extrêmement vivant. Sans curiosité et innovation, on ne va pas très loin dans ce métier. En plus, c’est ce qui nous amuse et je trouve cela passionnant.
Etre femme et chef d’entreprise, est-ce un problème ?
Personnellement, je ne me suis pas sentie pénalisée. Mais, je pense que les femmes ont peut être davantage peur de l’échec que les hommes et elles osent moins. Or les limites ne sont que celles que l’ont s’imposent soi-même. La peur de l’échec, il faut la prendre en compte, mais elle ne doit pas empêcher de créer. Et puis, on peut s’associer. C’est ce que j’ai fait, sinon je ne me serais pas lancée. Cela permet de partager, ses doutes, ses peurs, ses joies, la pression. A deux, on est plus forts et souvent plus intelligents. La création d’entreprise est d’une grande richesse. C’est excessivement luxueux de travailler avec des gens que l’on a choisis. Et c’est important parce qu’on en passe du temps à travailler ensemble. Ce qui compte vraiment, au fond, c’est l’envie, peu importe que l’on soit un homme ou une femme.
Comment conciliez-vous vie professionnelle et vie de famille ?
J’ai une fille. Elle avait trois mois quand j’ai monté ma boîte. L’un n’empêche pas l’autre, au contraire, pour moi ça a été très moteur. Toute la problématique réside dans la gestion du temps. Je travaille encore plus qu’avant. Je dors peu et j’essaie de bien faire ce que je fais au moment où je le fais. Il faut de l’énergie car on donne beaucoup, c’est le principe et on reçoit beaucoup aussi. Je ne me rendais pas du tout compte de ce qu’implique la création d’entreprise. Mais si je devais recommencer je le referai sans hésiter.
Comment envisagez-vous l’avenir pour Millemercis ?
Aujourd’hui, nous avons un réel savoir-faire, une vraie valeur. Nous allons continuer à grandir encore dans ce métier. Nous allons poursuivre la recherche avec HEC et l’université Paris Dauphine pour rester toujours très innovants. Et bien sur, continuer à croître en termes d’effectif et d’activité. |