En deux mots, qu'est-ce qui caractérise vos jouets ?
C'est d'abord leur taille : " Grandeur Nature ". Elle enthousiasme les enfants qui peuvent créer de vrais décors dans lesquels leur imaginaire peut pleinement s'exprimer. Ensuite, tous les éléments sont réalisés en carton : un matériau noble, résistant et facile à manipuler.
Comment cette idée vous est-elle venue ?
En regardant ma fille jouer à la maîtresse avec sa copine, tout simplement. Elles parlaient toute les deux dans le vide à leurs élèves. Ça m'a énervé ! Je suis partie à la cave chercher des vieux cartons. De la colle, des feutres, un cutter. Les petites ont joué comme des folles : le concept " Grandeur Nature " était né.
Votre idée séduisait votre entourage, mais quid des professionnels ?
Je suis allée toute fière au salon du jouet pour présenter mon idée : bide total ! Cela n'intéressait personne. Les fabricants ont leurs propres circuits de création. Les professionnels n'y croyaient pas du tout. Chaque fois que j'appelais un distributeur, il me souhaitait " bon courage " d'un air ironique ou apitoyé. Au lieu de m'abattre, cela m'a totalement galvanisé.
Si vous n'arriviez pas à convaincre les professionnels du secteur, a fortiori les banquiers…
Le financement, c'est le drame de tous les créateurs. J'ai vite compris un principe simple : il faut trouver son premier client avant de chercher son banquier.
Parcours : Comment avez-vous finalement réussi à concrétiser votre idée ?
Je savais que les enfants marchaient à fond et les parents aussi ! Il fallait mettre tous les interlocuteurs qui pouvaient servir mon projet au contact du produit. S'ils pouvaient le manipuler, le rapporter le soir chez eux, c'était gagné ! Sur mes fonds propres, avec seulement 7500 euros, je me suis risquée à produire une première série limitée d'une centaine de jeux.À chaque nouveau rendez-vous, que ce soit avec un distributeur, un journaliste, un banquier je remettais un exemplaire de mon jeu. Au bout de quelques mois, j'ai décroché mon premier référencement chez Toy's R Us : 300 pièces qui sont parties comme des petits pains pour les fêtes de Noël. Il faut dire qu'avec la taille du jeu, on ne voyait que lui dans les linéaires ! Grâce à cette première commande, j'ai pu obtenir un prêt bancaire pour lancer la production en grande quantité.
Les acheteurs de la grande distribution ne sont pas réputés pour être des enfants de chœur, comment avez-vous négocié avec eux ?
Vous savez, quand on crée son entreprise, on n'a pas conscience de tout cela. C'est par naïveté que j'ai eue de l'audace. J'ai fait ce qui ne se fait jamais : comme je ne savais pas combien vendre mon produit, j'ai demandé à l'acheteuse de me proposer un prix. Il n'y avait pas ni calcul ni méthode commerciale, j'étais totalement spontanée. Elle m'en a proposé plus que je n'aurais osé demander.
Aujourd'hui quels sont vos projets ?
J'ai pour objectif de vendre 10 000 pièces cette année. Je prépare le lancement d'un nouveau jeu. Nous allons voir comment le marché allemand va réagir. Enfin, je vais embaucher des collaborateurs pour la communication et la vente, afin de me concentrer sur la création des jeux.
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